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BORDEAUX | TRAN5FERT – L’expo street art collective


Par , publié le 25/10/15 à 08:10  |  292  lecture(s)

Après avoir pris possession d’un ancien commissariat bordelais pendant trois mois, on revient sur la 5ème édition de l’exposition TRAN5FERT qui s’est terminée fin septembre dernier. On a rencontré l’un des artistes du collectif, OBAD. On vous raconte tout…

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| TRAN5FERT

Initiée en 2011, TRAN5FERT est une exposition collective éphémère qui a lieu chaque année à Bordeaux, aux Vivres de l’art. Ce projet indépendant est porté par une quinzaine d’artistes d’ici et d’ailleurs dont l’objectif est de faire connaitre le street art, un mouvement artistique au cœur des cultures urbaines.

À travers des réalisations originales, innovantes et inédites, le concept a eu un réel succès qui a permis cette année de se délocaliser en centre ville, dans un lieu atypique : le commissariat Castéja.

Grâce au soutien de la Mairie de Bordeaux et de Gironde Habitat, TRAN5FERT a pris possession de ce lieu chargé d’histoire datant du XVIIIème siècle. Transformé en hôpital puis comme le commissariat central de Bordeaux dans les années 50, les 3 500 m2 ont été mis à disposition des artistes pendant 3 mois.

Quelques 30 graffeurs et plasticiens ont pris possession des espaces. Pendant tout l’été l’exposition s’est enrichie d’afterworks musicaux et autres performances ayant contribué à son succès.

Dans le dossier de presse que nous avions reçu, nous pouvions lire : « TRAN5FERT est la promesse d’un voyage ludique et unique entre différents univers et autant de médiums exploités ». Après avoir vu l’expo, assisté aux performances et participé aux animations nocturnes, notre conclusion est immédiate : ils n’ont pas menti. Ils ont réussi à nous en mettre plein la vue, à nous faire vibrer, à nous enrichir et à ouvrir notre champ de vision sur l’art de cette discipline urbaine. Chapeau !

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Artiste bordelais, désormais expat, OBAD est dans le milieu depuis presque 15 ans maintenant et fait partie du collectif. On l’a rencontré et on a parlé graffiti, émotions, potes et voyages !

| La rencontre avec OBAD

1 | Tu as participé à cette grande expo, on aimerait d’abord savoir ce qui se cache derrière ce blaze qui, finalement, t’as amené jusqu’à nous…

Pour autant que je me souvienne j’ai toujours été attiré par le dessin et les émotions fortes (comme l’adrénaline), tout ça sur fond de hip-hop, et le graffiti s’est vite présenté à moi comme une évidence jusqu’à faire parti intégralement de moi et de mon style de vie.

J’ai commencé assez jeune en 2000-2001, mais j’ai du mal à me définir car je suis issu du « graffiti vandal » où on est sans cesse dans une sorte de schizophrénie à vouloir être à la fois reconnu (de ses pairs) et inconnu (des services de police) – d’ailleurs, j’ai eu quelques problèmes avec la justice quand j’étais plus jeune et j’ai même failli arrêter au moment où les procès s’accumulaient – mais le graffiti est un « virus incurable » et quand tu l’attrapes tu n’as plus le choix que de vivre avec et de concilier ces deux mondes totalement parallèles !

Ce que je peux dire en revanche c’est que je viens de Bordeaux, où j’ai fait mes armes sous un autre blaze (les vrais savent) avec TIME et RUCK. J’ai vite pris goût à ces rencontres atypiques et ces virées nocturnes plus folles les unes que les autres. J’ai toujours été plus ou moins dans la tradition du « black & silver », des « block letters » et des dimanches « Paint & BBQ » avec tout le crew.

Après mes études, j’ai voyagé et je me suis installé à Montréal depuis deux ans. Je sais pas où je serai demain. J’ai encore envie bouger, m’enrichir ailleurs, rencontrer d’autres cultures… J’ai vite compris que je ne suis pas fait pour la vie de bureau !

Pour ce qui est d’en arriver jusque là, c’est simplement les copains. Tu sais, Transfert est une grande famille. On se connait tous depuis longtemps et pour en faire partie, il faut avoir une certaine sensibilité artistique, quelques compétences en la matière forcément, mais c’est avant-tout une histoire d’amitié et de franches rigolades !

Et d’ailleurs cette ambiance tu la ressens quand tu viens à Transfert : l’accueil est vrai et chaleureux, et l’art se fait avec le cœur et pas avec la tête (du genre pas réfléchi pour faire de l’argent !).

2 | Ta passion, ton métier, la manière dont tu t’exprimes… C’est quoi qui t’inspire ? Tu évolues vers quoi ?

Aujourd’hui, même si je suis devenu scénographe (avec Org-Asthme et La Bacchanale), graphiste et web designer, le graffiti garde une place prédominante dans ma vie. En restant travailleur indépendant je garde le contrôle de mon emploi du temps et du coup je peux consacrer la majeure partie de mon temps à la peinture. Et c’est important pour moi de garder ce sentiment de « liberté ». Même si ce n’est pas facile tous les jours, c’est grandement bénéfique pour l’âme ! Cela me permet de me réinventer sans cesse et d’aller là où on ne m’attend pas forcément… J’ai envie de continuer à faire ce que je fais : peindre librement, continuer à développer mon graphisme et mes scénographies dans le monde du hip-hop mais aussi de la techno. Et si je peux continuer à voyager grâce à ça et rencontrer tous les writers que j’admire en ce moment à travers le monde, ça serait parfait !

Quant à mes principales sources d’inspiration, je les puise dans tout ça. Sur la toile, j’aime retranscrire une vision, un moment, une ambiance éphémère. Plonger le spectateur au cœur d’une action qu’il ne connait pas ou qu’il fantasme. Mais mon style de graffiti est plus inspiré de la tradition « wildstyle » du tag new-yorkais avec des lettres très dynamiques et colorées.

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3 | Ayant beaucoup voyagé et vécu à l’étranger, tu as sûrement une autre vision du street-art en général, non ? Son évolution, ses richesses, les valeurs qu’il peut véhiculer…

C’est vrai que ces dix dernières années, le street-art s’est pas mal démocratisé et commence a bien rentré dans les mœurs. Du coup les gens commencent à reconnaître cette pratique comme un art à part entière. Mais dans le milieu du graffiti c’est un peu différent. C’est un monde plus fermé et moins accessible au grand public. Les gens ont du mal à le cerner, ou à comprendre s’il n’y a pas de messages explicites derrière. 

A l’image du monde d’aujourd’hui, il y a de moins en moins de frontières entre les styles de writers de différents pays. Sans forcément aller à la rencontre des artistes ou des influences, Internet permet de voir et de suivre des artistes du monde entier et de se construire d’influences multiples.

Pour ce qui est de l’évolution globale, c’est difficile à dire car je me considère comme appartenant surtout à la catégorie du graffiti. Et puis j’ai jamais vraiment été philosophe de mon mouvement, y a des personnes qui en parleraient mieux je pense !

Je dirai simplement qu’après une période intense de « buff » (effaçage, nettoyage) de 25 ans d’histoire du graffiti, d’arrestations et de répression dans les années 2000, on a eu droit ensuite à la démocratisation du street-art avec un peu tout et n’importe quoi (et n’importe qui) dans les galeries… Mais c’est comme partout il y a toujours une récupération de « mass media » quand un mouvement marche avec du bon et du moins bon, à toi de savoir faire ton choix ! Certains s’approprient le mouvement, l’utilise et en font du business… et nous on se sert de cet engouement aussi, pour diffuser et vendre notre art. C’est donnant-donnant !

Comme je te disais un peu plus tôt, c’est un monde schizophrène… et on ne sait pas encore vraiment comment « dealer » avec tout ça. Le street-art dénonce certaines choses de la société. Et la société condamne le street-art (du moins sa pratique). Du coup, comment condamner quelque chose d’admirable ? Comment vendre quelque chose (comme ton blaze) considéré comme illégal ? On verra bien… mais je pense que les gens respectent et admirent de plus en plus notre art. Et nous, artistes de ce mouvement, on a de plus en plus les moyens pour imaginer, s’auto-gérer et contrôler la diffusion de notre art pour pas qu’il perde son impact.

4 | TRAN5FERT #5 : cette 5e édition, tu en retires quoi ?

C’était fou!
Dès le départ, l’idée d’investir Castéja, l’ancien commissariat de Bordeaux, m’a séduit direct ! La plupart des artistes avaient déjà « visités » les lieux 10 ans auparavant, mais pas pour les mêmes raisons… Du coup c’était un peu comme une revanche d’y retourner pour exposer. C’était assez jouissif d’avoir les clefs du commissariat et de graffer les anciens bureaux des commissaires ou autres fonctionnaires de ces lieux qui nous ont bien souvent pourris la vie !

J’ai apprécié le fait que les artistes aient dépassé les lourdes références du site (la police, la taule…) pour, au contraire, en faire un nouveau bâtiment à l’opposé de ce qu’il était : fait d’art et d’amour !

J’ai pu faire de belles rencontres artistiques et humaines avec d’autres artistes. Et c’est là que Transfert se différencie des autres expos street-art du le même style : c’est du home-made, c’est fait avec le cœur et ça se vit vraiment. On n’est pas là pour exposer simplement, on investit des lieux qui deviennent notre propriété pour ensuite accueillir du public chez nous, comme à la maison !

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On a eu deux mois pour tout préparer dans 3 500 m2 et voir tous ces artistes s’activer pour s’accaparer les lieux avec autant de manières différentes que de créativité, c’était magique. Un peu comme une colonie de vacances pour artistes mais avec beaucoup de travail ! On a eu plus 40 000 visiteurs et tous les retours sont bons. On a eu un public hyper varié, composé de gens du milieu, de familles, d’amateurs ou de curieux tout simplement…

Et puis il y a eu aussi des concerts, les soirées du Verger et autres brunch symphoniques qui ont fait de ce lieu d’expo un genre de « place to be » où chiller à Bordeaux tout l’été !

Du coup forcément Transfert 6 s’annonce très bien, avec du lourd puisque chaque édition est plus riche en style et en réussite que la précédente. Je ne sais pas encore si de nouveaux artistes se grefferont encore au projet, si on pourra faire d’encore plus grosses mais une chose est sure ça sera différent ! On veut étonner les visiteurs et détonner artistiquement parlant ! Stay tuned !

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Crédits photos : OBAD et Nathalie Kaid
Site officiel | Facebook


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