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PARIS PRINT CLUB | L’artisanat au service de l’art


Par , publié le 09/06/15 à 01:06  |  627  lecture(s)

Association d’illustrateurs, graveurs, sérigraphes, relieurs, galeristes et éditeurs, on vous présente le Paris Print Club. Un projet ambitieux guidé par l’amour du papier et l’envie de s’inscrire à part entière dans la vie culturelle de leur quartier d’adoption. On les a rencontrés…

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C’est dans le 18ème arrondissement que le Paris Print Club a ouvert le 14 mai dernier un lieu polymorphe, à la fois atelier d’impression, galerie et lieu de formation aux techniques d’impression. Entretien avec Simon Thompson, sérigraphe et illustrateur, membre du collectif PPC.

| Naissance d’un centre culturel 

1 / Le Paris Print Club est une association qui regroupe neuf membres dont les spécialités recouvrent toute la chaine de production d’un livre, est-ce que tu peux m’en dire un peu plus sur ce projet ?

L’idée est que le Paris Print Club devienne un lieu d’impression d’art important à Paris. C’est à dire un endroit où les artistes pourront venir pour faire imprimer leurs oeuvres sous forme d’estampe ou de livre. Au début l’enjeu va être aussi de répondre à des commandes plus commerciales, pour qu’on puisse se lancer et subsister financièrement, mais on aimerait finir par avoir le luxe de ne plus imprimer que des artistes. Le gros avantage du Paris Print Club, c’est qu‘il y a très peu d’ateliers de sérigraphie dans Paris intra-muros, pas beaucoup de grands ateliers d’une manière générale, et quasiment aucun qui soient liés à une galerie. Le but, pour nous, c’est que le lieu soit un atelier d’impression d’art mais aussi qu’un centre de vie culturel riche se développe autour.

2 / Donc la galerie fait partie intégrante du projet Paris Print Club et du lieu ?

Tout à fait, les membres qui tiennent la galerie font partie du Paris Print Club depuis le tout début. Ce sont les anciens propriétaires de la librairie BD Spirit qui se lancent maintenant à 100% dans ce projet de galerie dans laquelle seront exposés des projets du Club, évidemment, mais aussi d’artistes extérieurs.

3 / À quoi ressemble le lieu (photos ci-dessous) dans lequel vous allez vous installer ? (ndlr. : l’entretien a été réalisé avant l’ouverture du lieu) J’imagine que trouver un local à Paris n’a pas été la partie la plus facile du projet ?

À la base c’est une ancienne boulangerie industrielle, qui a ensuite été occupée par des brocanteurs. Le lieu fait dans les 340m2, ce qui est bien parce qu’il va falloir qu’on y fasse entrer pas mal de machines ! À certains endroits on a de très belles hauteurs sous plafond, donc c’est vraiment idéal pour un atelier. Là on n’a pas complètement fini, il reste encore des détails administratifs, des diagnostics, et surtout il faut qu’on vide le lieu qui est rempli de vieux meubles et qu’on le réaménage. Mais le propriétaire est très motivé pour que ce soit nous qui nous installions là, donc c’est cool. Là ça fait un peu moins d’un mois et demi qu’on est activement dessus et quand je demande à des gens qui ont monté des ateliers dans Paris, ceux qui ont réussi à le faire ont mis à peu près ce temps là, donc on est dans la norme.

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4/ L’atelier est dans le 18e arrondissement de Paris, mais dans quel coin exactement ? C’était important pour vous que ça se fasse dans ce quartier là ?

Ce sera vers Château rouge. C’est un quartier qui vit bien et on avait l’habitude de se retrouver dans ce côté là du 18e, déjà parce que la librairie de Manu et Sandra, les deux personnes qui vont monter la galerie dont je t’ai parlé tout à l’heure, était dans ce quartier et qu’on s’est tous beaucoup retrouvés dans leur librairie. Pas mal des membres habitent par là et c’est même une des habitantes de l’immeuble où le Paris Print Club va être installé qui nous a aiguillés sur le lieu donc oui, on est contents de s’installer là. C’est vraiment un quartier qu’on aime bien et qu’on a envie de faire vivre à travers ce lieu.

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| Le livre et l’estampe : l’exception du papier

5 /Graveurs, éditeurs, illustrateurs, sérigraphes… Vous occupez tous des fonctions proches mais pas exactement similaires non plus, comment en êtes vous arrivés à vous associer autour de ce projet ?

Avant la constitution de l’équipe actuelle, beaucoup de gens sont allés et venus. Au final le rassemblement s’est fait au fur et à mesure, en fonction des envies personnelles, de la motivation et de l’investissement en temps de chacun. En argent aussi, parce que c’est un gros projet. Dans les gens qui sont partis, certains voyaient plus un petit atelier de production et ne ressentaient pas le besoin d’être dans Paris intramuros. Nous on voulait monter un projet qui soit un peu plus qu’un atelier d’impression lambda, donc il fallait absolument qu’on soit dans Paris parce que sinon personne ne se déplace. En particulier pour tout ce qui a trait à la galerie. C’est triste mais même pour un vernissage, dès que tu passes le périph, les gens ne viennent pas, même à Montreuil !

6 / C’est un projet assez unique. Il y a déjà pas mal d’ateliers d’impression, notamment de sérigraphie, autour de Paris, mais ils sont généralement plutôt orientés vers une seule technique là où le Paris Print Club rassemble aussi bien des graveurs-typographes que des sérigraphes ou des relieurs. Ils sont aussi davantage tournés vers l’impression «  commerciale  », dans le projet on sent une grande volonté de formation, de découverte de la technique.

En gros à Paris et autour de Paris, les ateliers se divisent en deux groupes : les gros ateliers professionnels, c’est à dire qui n’impriment pas d’artistes, qui bossent plus sur de la signalétique à grande échelle ou de l’impression textile pour des grosses marques avec des machines automatiques, ensuite il y a les ateliers un peu comme celui pour lequel je travaille actuellement, qui est plus artisanal – les sérigraphies sont faites à la main – et qui font à moitié de la signalétique, à moitié de l’impression pour des artistes.
Quand le lieu commencera à bien tourner, ce sera effectivement un des buts du Paris Print Club d’initier les gens à ces techniques : la sérigraphie, différentes techniques de gravure, même peut-être de la reliure, et d’en faire un vrai lieu d’échanges et de vie. Encore une fois, le fait qu’on insère une galerie dans le projet amène vraiment le lieu au-delà du simple atelier de création.

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7) Qui sont les membres du Paris Print Club ?

Il y a eu, dès les débuts, Manu et Sandra, de la librairie BD Spirit. Ensuite on a rencontré trois des membres du collectif de graveur Duvent : deux graveurs, Guillaume Guilpart et Djilian Deroche, et une relieuse Paula St-Hillier, qui ont tout de suite été ultra motivés. Puis Julien Pelletier, également illustrateur, et Tristan Pernet, qui avait déjà fondé French Fourch et qui s’est notamment occupé de la campagne Kiss Kiss Bank Bank, se sont rattachés au projet.

8) De la création à la distribution, vous êtes vraiment complets. J’imagine que vous vous êtes retrouvés autour de votre attachement au livre, au papier et à une forme de création artisanale d’objets uniques ?

On est quasiment tous spécialisés dans des techniques d’impression artisanales, donc forcément il y a un attachement pour le papier. Certains sont plus sur l’estampe, d’autres plus sur l’objet livre… C’est ça qui est cool dans ce collectif, c’est qu’on a des envies un peu différentes pour tout ce qui est création, mais qu’on se retrouve tous autour de ces techniques artisanales. D’ailleurs on espère que le lieu sera l’occasion pour nous d’échanger autour de la sérigraphie et la gravure. D’autant que c’est assez complet, les graveurs du collectif font tout, eau forte, bois, litho, offset, et ont aussi des presses typographiques, ça va être l’occasion d’échanges créatifs intéressants. Si on arrive à tout faire entrer dans le lieu !

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| Préserver le goût d’un métier de passion

9) Est-ce que tu peux me parler un peu de ton parcours personnel en tant qu’illustrateur et sérigraphe  ?

Je suis entré aux Arts Déco de Strasbourg sans trop savoir où j’allais, après une année de prépa aux Ateliers de Sèvres. En deuxième année tu dois choisir une spécialité principale, moi j’ai choisi l’illustration. Notre prof, Guillaume Dégé, insistait beaucoup dans ses cours sur l’importance d’être polyvalent, de ne pas se contenter d’un seul mode de création. Lui parlait plutôt de se diversifier dans le secteur de l’illustration en lui-même : savoir faire aussi bien des illustrations de presse que de la BD ou des livres pour enfants etc. Parce que c’est quand même assez difficile de vivre de ce métier.  Mais en parallèle j’ai découvert la sérigraphie à l’école, j’ai adoré, et j’ai commencé à imprimer tout mon travail comme ça.

En fait, la sérigraphie c’est une technique d’impression dans laquelle on utilise des cadres sur lesquels sont tendus des tissus à mailles qu’on interpose entre l’encre et le support. Ça permet d’imprimer par couches d’encres successives sur plein de supports différents et surtout d’avoir une grande puissance dans les tons directs (ndlr : les couleurs sont obtenues directement avec des pigments, plutôt que de résulter du mélange de couleurs primaires), ce qui est beaucoup plus compliqué en impression classique. Les encres sont hyper variées et il y a une grande marge d’interprétation donc ça laisse beaucoup plus de liberté que l’impression traditionnelle. C’est vraiment parfait pour les artistes.

Comme je me suis assez vite rendu compte que je n’avais pas envie de ressentir de pression financière autour de mon travail personnel, je me suis dit que c’était un bon moyen d’apprendre un métier, au sens premier du terme, et de travailler là-dedans pour être tranquille dans mon travail d’illustrateur. Du coup ça s’est fait très naturellement, je passais tout mon temps dans l’atelier de sérigraphie. Je demandais des conseils aux techniciens qui étaient là bas, Bernard Blény et Olivier Beiger. Je les ai saoulés pendant six ans (rire). Après avoir eu mon diplôme de cinquième année, je suis resté un an de plus à l’école pour m’occuper de l’atelier. Puis j’ai rencontré Fred, fait un stage chez lui, on s’est très bien entendus et de fil en aiguille j’ai commencé à bosser pour l’atelier dans lequel je suis actuellement, en tant qu’indépendant.

Ça me permet de ne pas subir de pression financière et ça m’offre le luxe de pouvoir choisir ce que je veux faire. Aujourd’hui je vis plus de mon travail d’artisan que de mon travail artistique mais je continue à créer tranquillement et j’ai la possibilité matérielle de faire ce que je veux. Si des boulots de commande m’attirent je les fais aussi mais je ne suis pas obligé de me battre pour trouver des projets qui ne m’intéressent pas particulièrement et de passer mon temps à dessiner « sous la contrainte ». Il y a le risque de perdre ta passion, de ne plus prendre de plaisir à ce que tu fais et je ne voulais pas courir ce risque. Je ne voulais pas me lever le matin en me disant « Merde, il faut encore que je dessine ».

Le tumblr du projet Paris Print Club
Leur page Facebook 

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Crédits Photo | Tumblr du collectif
& Charles Loyer


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