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BASILE PEYRADE | Vagabond céleste remercie la nuit


Par , publié le 22/05/15 à 01:05  |  1331  lecture(s)

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Médiatisées, anonymes, en marge ou sous la révolte, la violence, l’hérésie ou le silence, les voix discordantes de la contre-culture ont toujours eu ce besoin d’ancrer le rêve dans le réel et créer leur propre société. Un mirage, Basile. Plus on essaie de le saisir plus il nous échappe… 

| Ancrer le rêve dans le réel sans se borner à l’opposition ou à la réforme

Artiste itinérant et sans frontières, tant dans sa définition de l’art que de ses limites géographiques sans limite aucune. «Pendant 4 ans j’ai pas passé plus de 3 semaines dans la même ville, j’allais à la gare et prenais le premier train grande ligne qui passait».

Bratislava, Trip, Conflits, Istanbul, la bouffe, les Free Party, Berlin, Sarajevo, impacts de balles, Polaroïd, Rush Rush Rush, Croatie, C’est Chanmé la Slovénie, Squats, Hardcore, Autriche, Les centres d’arts contemporain, Espace Schengen, Italie, un Camion, les States, Graff train rails fraude, Guerre, France, Amour et nomade.

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Chaque passage dans une ville est attendu, les centres d’arts ouvrent leurs portes à la fanzinotèque mobile qui les transporte, Basile, Julie Hascoët et Guillaume Thiriet (à l’initiative du projet), amis d’élections et collectionneurs de zines, débutent leur vagabondage européen avec une collection de 200 éditions de fanzines et documents DIY, chargés dans leur camionnette. Nantes a été le point de départ d’un travail de partage d’archivage et de rencontres. 1 an de préparation et de recherche de subventions. 7 mois de traversée dans toutes les capitales européennes et d’autres villes encore. Overdose de vernissages, d’alcool, de teuf, d’étudiants et de culture à l’état brute massive et volcanique.

La fanzinothèque mobile, ZINES OF THE ZONE revient sur le territoire français, épuisée, pour une dernière date à Bordeaux avec plus de 1000 éditions en plus récoltées sur les routes et des mois de rush à trier.

Un tourbillon d’expériences humaines et de liens qui se tissent. Une fois la nuit tombée, Basile, à la bombe frénétique erre et laisse ses traces sur une Europe conquise. Suivez le mirage, alors que les portes des centres d’art, des lieux associatifs et des bars s’ouvrent et accueillent la précieuse collection de zines, en parallèle s’imprime sur les murs des villes la signature noire et indélébile, la culture de l’underground.

crédit photo : Julie Hascoët.

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| Mirage dans la jungle urbaine 

Il nous parle de sa dernière Free Party, à l’intérieur d’un pont à Nantes, 900 personnes réunies secrètement pour faire la fête, la vraie. Un rassemblement autour d’une unique idéologie, celle d’un retour à l’essence même de l’euphorie que procure la nuit. Une Free Party parmi tant d’autres qui s’inscrit dans une dynamique bien articulée : Basile nous parle de la sélection des DJ pour les soirées, de l’importance accordée à la scène féminine et à la scène locale, toujours dans le but de fédérer des liens.

L’une de ses assos, Fiction Palace dans laquelle il fait du Vjing, s’occupe de la programmation et de l’organisation, détournent les codes de la banalité au service du laché prise sur tout le territoire français. Et ce que nous n’imaginons pas de ces regroupements en marge, c’est tous les ravers qui nettoient leur air de jeux éphémère avant de quitter les lieux.  « C’était encore plus propre quand on a quitté les lieux qu’à l’arrivée ». Si la ville t’appartient, tu la respectes.

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| Le graffeur vs Le Gueta

On avance, sur la porte de la chambre de Basile, douce définition du graffeur en 6 points sur fond rouge sang :

1)     Le Graffeur est un pollueur : comme certains animaux il défèque (avec son marqueur) pour marquer son territoire. Peu lui importe si il pollue ses congénères.
2)     Le Graffeur est une tare de l’évolution : Comme Neandertal il y a plus de 70 000 an. Il est à peine capable de dessiner le symbole de son nom ou celui de sa tribu.
3)     Le Graffeur est un lâche : il a besoin de s’enfermer dans les WC pour s’exprimer (en silence).
4)     Le graffeur est un esclavagiste : 1 graffiti = 10 sec. A faire, 20 mn à effacer avec des solvants toxiques ou 1h à repeindre. Foutaise. Pour lui les autres peuvent crever ce ne sont que des êtres inférieurs.
5)     Le graffeur est un artiste raté : souvent ce qu’il écrit est à peine lisible.
6)     Le graffeur est un despote : il nous impose la dictature de sa laideur. Au fond de nos chiottes saccageant notre labeur.

Le graffeur est souvent vu comme une certaine forme de poison de la société et une forme de contradiction à la vie en société. L’intégralité du travail de Basile est à l’image d’une toile que l’on tisse, des connexions humaines qui s’étalent et se soudent entre elles en créant de véritables éco-systèmes artistique. La vie à l’arrache et la culture du squat, celle qui est rythmée par le bricolage des mots des gens et des œuvres pour construire autrement.

Les clichés de nos sociétés rationalisées tremblent-elles autant face à l’expression singulière de la spontanéité ? Du geste qui échappe totalement au contrôle absolu prémédité ? Parlons d’abêtissement culturel, de la prise en charge totalitaire de la masse en lui donnant un divertissement valide et valable. Simulons l’émotion face aux œuvres dans le cube blanc, la célébration de l’accomplissement artistique majeur de notre société. Champagne ! Qu’en est-il de l’acte créatif premier, celui qui précède la pensée et le dollar ?

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| De pile en aiguilles

Le Wonder, ancienne société de production de piles qui croule sous la faillite fin des années 80, alors qu’en Angleterre, à la même époque, on assiste à la naissance des Free Party : mouvement éphémère de ravers et de teuffers qui s’emparent des zones urbaines et détournent les normes du « bon sens » sur fond de beats répétitifs. Un cri de la dissidence s’étale en Europe.

Pour revenir à nos piles, la faillite du Wonder profite à la société française Habitat qui s’empare alors des milliers de mètres carrés délaissés et du cadavre du Wonder pour y installer ses locaux. Occupation de courte durée, une fois de plus. Aujourd’hui, Habitat n’est plus que locataire des lieux où trainent encore des kilos de marbre et des fortunes éparpillées entre les arbres et les graffs. Au centre de ce terrain vague domine toujours le bâtiment, désormais investit par les artistes résidents du Wonder, à l’image des ravers des années 80, ils délimitent cette zone comme la leur et y installent leurs ateliers.

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Un lieu de passage encore, électrique et empreint d’une essence artistique palpable. Un refuge en terrain vague où Basile récupère toutes ses pensées qui se sont dispersées sur les autoroutes les trains les rues, les assos, les nuits. Revenir à l’essence même de la première pulsion qui a donné vie à tout son parcours et son mode de vie.

Il nous montre ses carnets, pleins de notes et de schémas, incompréhensibles pour nous mais indispensables pour un mirage qui prend forme. Trouver le point d’ancrage.

| À ta santé l’Amour

Basile nous parle de l’expo collective INDUSTRIE qu’il a réalisé avec les artistes du Wonder. On s’éloigne encore de Paris, Paris Paris et ses galeries qu’on laisse pour Bagnolet. On traverse les petites rues à la recherche d’une friche désaffectée, lieu laissé à l’abandon réinvestit par les anciens propriétaires du Point G. La capitale artistique en marge jouit dans l’ombre, et nous aussi. Une première exposition à l’Amour avec des perles de l’art contemporain. Basile y expose une impression sur un rouleau récupéré dans une vieille usine, et une vidéo mettant en scène les scanners médicaux de ses côtes.

L’ambiance est posée entre les poutres en métal rouillées et les murs qui s’effritent. L’Amour, ou le berceau de la scène émergente et prometteuse française. On tombe amoureux et on exporte la vidéo et Basile à Istanbul en Turquie.

À partir de samedi 23 Mai
Première Expo solo en territoire turc à Istanbul
C’est à découvrir et c’est organisé par Yakamoz Effect.

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