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JOBURG PARTY ! | South Africa’s youth underground


Par , publié le 05/03/14 à 01:03  |  384  lecture(s)

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A l’occasion de la sortie du court métrage « JOBURG PARTY ! », nous avons interviewé les deux réalisateurs sur le portrait d’une nouvelle génération sud-africaine de jeunes artistes en tous genres. Un magnifique projet illustrant la richesse artistique de Johannesburg, soumise habituellement à la violence et aux crimes…

1 | Pour commencer, qui êtes-vous ?

Roderick Stanley (journaliste) – Pendant 7 ans j’étais rédacteur en chef du magazine Dazed & Confused. Aujourd’hui j’habite à New York où je travaille. J’ai rencontré Chris en Afrique du Sud lorsque je travaillais sur une édition spéciale du mag à l’occasion de la Coupe du Monde de football 2010. Nous avons collaboré ensemble sur quelques projets. “Joburg Party !” est un projet personnel sur lequel nous avons travaillé quand j’étais à Cape Town à la fin de l’année 2011. On a tourné le film sur un week-end à Johannesburg. Aucun budget et c’était juste nous deux. Chris filmait, je posais les questions. Notre ami Rob Hannah nous a aidé à le produire.

Chris Saunders (photographe et producteur) – Je suis photographe et producteur originaire d’Afrique du Sud, je vis à Johannesburg. C’était un réel plaisir de bosser avec quelqu’un d’expérimenté, cultivé et aventurier.

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1 | First of all, could you present yourselves ? 

Roderick Stanley (journalist) – I was the editor of Dazed & Confused for seven years. I now live in New York where I work. I met Chris in South Africa when I was working on a special issue of Dazed ahead of the 2010 football World Cup, and we’ve worked together on a few magazine features and short films. This last one is a personal project that we started on when I was in Cape Town at the end of 2011. This film was shot during a weekend trip to Johannesburg. There was zero money and it was just the two of us. He filmed, I asked questions. Our friend Rob Hannah helped us edit it.

Chris Saunders (photographer / film maker) – I am a photographer and film maker from South Africa, I live in Johannesburg South Africa. It was a pleasure to have such an experienced, knowledgeable and adventurous partner. 

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2 | Ce processus de culture émergente en Afrique du Sud a déjà eu lieu dans des villes comme New York ou Paris. Peut-on faire une comparaison ? Vous avez découvert cette richesse grâce à Chris ?

Rod – Je ne pense pas qu’on puisse vraiment comparer ces villes… Johannesburg et l’Afrique du Sud ont leur propre histoire. Chris connait très bien cette ville. Nous pensions qu’il fallait mettre en lumière quelques uns des jeunes artistes et leurs demander tout simplement, pourquoi étaient-ils motivés par ce qu’ils faisaient ?
Johannesburg possède un héritage musical et culturel très riche. Ce court métrage transmet cet engouement et montre cette connexion, cet empressement à collaborer, ce désir de reconnaissance internationale…

Chris – Je suis d’accord avec Rod, c’est difficile de comparer Johannesburg à Paris. Tous les gens sont là pour du travail et la ville leurs en donne. Elle possède des villes à l’intérieur d’elle-même où chaque lieu a sa propre ambiance et ses propres cultures. J’en ai rencontré plusieurs à Johannesburg tout au long de ma carrière et ce projet est un coup d’oeil rapide sur les cultures qui existent ici. Si vous regardez mes autres projets vous verrez que j’en ai abordé beaucoup d’autres dans la musique, la mode ou la danse ce qui montre une véritable diversité.

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2 | This gentrification process and emerging sub culture in South Africa already happened in New York or Paris. Can we compared ? You already heard about this culture thanks to Chris ?

Rod – I don’t think you can really compare those places in that sense… Joburg and SA’s history is unique, really. Chris knows the city well. We thought it would be interesting to shine a light on a few young, aspiring musicians and artists and ask them, basically, why should people be excited about what they are doing?
Joburg of course has a rich and longstanding musical and cultural heritage. This film conveys some of the excitement and shows digital connectedness and a willingness to collaborate, a desire for international/global recognition maybe even more so than national…

Chris – I agree with what Rod said, its difficult to compare Johannesburg to Paris. Everyone who is here is here to work, so the city essentially feeds on itself. The city also has so many elements to it, it is a city with cities within it, each place with its own atmosphere and cultures. I have covered many different cultures in Johannesburg during my career and this project was a brief look at some of the cultures that exist. If you look at my other work I have covered many others from the music, fashion and dance scene which show how diverse culturally this city really is. 

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3 | Comment avez-vous rencontré ces personnes ? Comment ont-elles réagi face à ce projet ?

Rod – Facebook. Des contacts existants. Des amis et leurs amis, puis nous nous sommes laissés guider pour voir où nous allions aboutir. Les gens entendaient parler de notre projet et nous invitaient. Nous sommes allés à cette soirée dans un entrepôt pour interroger ce groupe après leur prestation. Nous avons alpagué ce DJ alors qu’il était dehors en train de fumer. Généralement les gens étaient contents à l’idée qu’on parle d’eux et enthousiasmés par le projet. Et Chris est vraiment persuasif et ne baisse pas les bras facilement !

Chris – Beaucoup de personnes du documentaire sont mes amis ou mes collègues. La plupart a approuvé le projet et pensait que c’était une manière différente et plus positive d’aborder cette ville.

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3 | How did you met these people ? How did they react to this project ? 

Rod – Facebook. Existing contacts. Friends, friends of friends and so on, just following connections and seeing where they ended up. Hearing about the video shoot and inviting ourselves along. Going to the warehouse party and interviewing the band after they finished playing. Grabbing the DJ when he was outside having a smoke. People were generally only too happy to talk and were excited about the project. Plus Chris can be very persuasive and doesn’t give up easily !

Chris – A lot of the characters in the documentary are friends and colleagues of mine from around Johannesburg. Most people that I’ve spoken to about the project enjoyed it and thought it was a positive and different perspective on the city that we live in. 

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4 | Au début du docu vous êtes dans “la maison d’une fille riche”. Ces gens se donnent rendez-vous uniquement via les réseaux sociaux ? Comment arrivent-ils à lancer des soirées sur les toits de manière illégale sans se faire attraper par les flics ?

Rod – Dans les deux cas je pense que Facebook joue un rôle important et que c’était presque légal… La police gardait un oeil sur nous. Le groupe a tout organisé donc je ne connais pas tous les détails… Mais c’était très impressionnant et génial ! Même si je suis désolé pour les gens qui vivaient à proximité…

Chris – La première soirée où nous étions était pour le video clip de “Papap! Papap!” de Dirty Paraffin. La seconde était au célèbre Alex Theatre que les flics ont voulu fermer à cause de nombreuses plaintes pour le bruit… Quant à Facebook c’est devenu le moyen pour savoir ce qui se trame à Johannesburg.

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4 | At the beginning, you are at « a rich girl’s house ». These people get together only by social networks ? How people reach to do « rooftop illegal parties » without to be stopped by the police or some judicial measures ?

Rod – I guess Facebook features quite prominently. And as for the rooftop party, I believe it was actually legal or perhaps semi-legal… Police were keeping an eye on it. The band organised it all anyway, I don’t know the exact details… It was very impressive, though. Great setup! Though I felt a bit sorry for the people in the apartments it overlooked.

Chris – The first party we where at was a house party made for a scene in the ‘Papap! Papap!’ music video for Dirty Paraffin. The second party was in a popular venue in Johannesburg called the Alex Theatre, the cops wanted to close it down because loads of people where complaining about the noise on the rooftop and it carried on. Facebook and social media are a huge help in a city the size of Johannesburg. Social media is the most common way of finding out whats going down. 

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5 | Avez-vous une anecdote personnelle à raconter ?

Rod – Une fois, on s’est retrouvé tous les deux au milieu du dancefloor à 4h du mat’ à Lagos au Nigeria avec une bouteille de tequila et un groupe d’angolais pour seule compagnie, sachant que ce n’est pas la ville la plus sécurisée et que je ne suis pas vraiment certain de savoir comment nous sommes rentrés à l’hôtel…

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5 | Do you have some anecdotes to tell us ?

Rod – We both once found ourselves on the dance floor in a nightclub at 4am in Lagos, Nigeria, with a bottle of tequila and the Angolan kuduro crew Cabo Snoop for company. It’s not the safest of cities and I’m not 100% sure how we got back to our hotel…

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6 | Depuis que vous avez tourné Joburg Party!, qu’est-il advenu des artistes ? Est-ce que cette culture underground est assez importante pour pérenniser et s’exporter dans d’autres pays ?

Rod – Dirty Paraffin travaille sur un projet en Angleterre. Mais ils sont tous différents et je ne pense pas qu’il y ait une homogénéité dans cette culture. Ils font des choses diverses et sont jugés sur leur mérite. Personnellement j’aimerai beaucoup que Dirty Paraffin soit reconnu à l’étranger. Ils sont talentueux et originaux. Après bien sûr il existe d’autres artistes contemporains sud-africains qui sont connus à l’international comme BLKJKS, Spoek Mathambo, Dj Mujava…

Chris – Les choses sont un peu différentes pour moi étant donné que je vis ici. Le docu a permis une ouverture d’esprit envers certains groupes de Johannesburg. Le collectif CUSS a pu ouvrir un nouveau studio, MJ Turpin a ouvert une nouvelle galerie et Bhubessi et son groupe ont enregistré un nouvel album. Je suis d’accord avec Rod sur le fait que ce projet ne s’intéressait pas à toute une culture underground mais plutôt à certains individus talentueux qui ont des perspectives intéressantes ici.

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6 | Since you’ve been there to do this short film, what happened for artists you’ve met ? Is that sub culture strong enough to last and to be exported in other countries ?

Rod – Dirty paraffin have had a bit of notice in the UK. But they’re all different, I don’t really think it’s a coherent (sub)culture as such, rather different artists doing their thing and being judged on their own merits. Personally, I really like Dirty Paraffin, it would be great to see them do well. They’re cool, talented and have an original sound. There are other great contemporary South African artists that have had international success, too, of course, like BLKJKS, Spoek Mathambo, DJ Mujava…

Chris – Well things are different for me, I live here. The documentary has aided an awareness towards certain groups here in Johannsburg, I also believe that it has painted a different image of Johannesburg. The CUSS collective (Jamal, Okmalumkoolkat inc. )have started a new studio downtown, M18J92t (MJ Turpin) has started a new gallery called the Kalashnikov in Braamfontein, Bhubessi and his group BoyzInBucks are releasing an Album soon. I also agree with Rod when saying that the we didn’t really feature a specific sub-culture, it was more focussed on certain individuals who are talented and had interesting perspectives on the city. 

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7 | La presse ne cesse de parler de crimes, de racisme et de pauvreté en Afrique du Sud et à Johannesburg. Vous montrez le bon côté de ce pays et de sa population. Qu’est-ce que vous pensez de ces contrastes ? Quel avenir pour cette nouvelle génération ?

Rod – Effectivement ce sont de graves problèmes qui persistent. Il y en a qui sont discutables mais nous ne nions pas leur existence. Oui, Johannesburg peut être violente mais c’est aussi une ville très excitante, divertissante et créative. Pourquoi cet aspect ne devrait-il pas être mis en avant ? Ce film a été critiqué parce que les personnes interrogées n’étaient pas assez « politiques » et trop superficielles, matérialistes ou j’ne sais quoi… Mais tu sais, ils sont ce qu’ils sont. Et nous voulions faire un film qui donnait un sens à ces jeunes plein de talent, créatifs et généreux. Si nous avions eu plus de temps et plus de budget, nous aurions pu aller plus en profondeur dans le contenu. Mais c’est un court documentaire, et nous remercions ceux qui y ont participé, qui nous ont supportés.

Chris – Je pense que les médias dressent un portrait malheureusement sévère mais réel de ce pays. Mais cet environnement amène la créativité car les gens sont forcés d’être inventifs pour s’en sortir. Il existe un avenir pour cette génération, nous voulons tous construire un pays meilleur. La plupart a choisi de vivre ici par amour de leur ville et pour montrer au reste du monde qu’ils ont une génération de créateurs à offrir. Ce film est un avant-goût de quelque chose de différent, dans une ville où les gens sont pessimistes. Là où chaque jour nous sommes confrontés à une réalité difficile, il est important d’adopter une perspective différente et positive sans pour autant rester ignorant.

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7 | The media still talk about crimes, racism and poverty in South Africa and Johannesburg. But you show the best side of this country and south-african people. What do you think about these two opposites ? What kind of future for this new generation ?

Rod – Well, these are still serious issues. There are important problems that are of course rightfully discussed and we don’t pretend they don’t exist. Yes, Johannesburg can be violent but it’s also a really exciting, fun and creative place to be. Why shouldn’t that aspect be shown? This film came in for some criticism on one website because, as far as I could make out, some interviewees weren’t political enough and came over as shallow and materialistic or whatever. But, you know, they are who they are and they said what they said. Chris and I just wanted to make a short film that gave a sense of the many cool, generous, creative and talented people we’d both encountered there. If we’d had more time and some money, we could do something that goes deeper. But, you know, it’s a snapshot. Much thanks, love and respect to all those who appeared in it and supported it.

Chris – I think that the media paint a vision of South Africa that is unfortunately brutal and true. This environment however breeds creativity, people are forced to be inventive to figure out solutions. There is a definitive future for our generation here, we all want to build a better country. Most of us have chosen to live here because we love our home and want to show the world what we have to offer as a generation of creators. This video served as a taste of something different in a city where people expect negativity – where we are exposed to press about a terrible reality every day, it’s important to have a different and positive perspective without being ignorant. 

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Thank you so much Rod and Chris

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Interview et propos recueillis – Leslie Queyraud


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